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“Le petit roi des pommes” ou “Dommage que le tigre ne soit pas végétarien”

 Un conte des temps modernes à la façon des temps anciens

Ce soir, on fête les huit ans de Sutho. Son père qui l’adopta au Cambodge, lui invente une histoire dont il sera le héros… Ce sera son cadeau d’anniversaire. Une histoire sur le mode : et si c’était… Sutho qui avait traversé le monde pour trouver sa famille adoptive… Et voilà, notre héros Sutho qui, tel Candide, Gulliver ou Pinocchio – traverse le chaos du monde à la recherche de sa famille. Contes et fables s’entremêlent. D’où il en ressort que les hommes ne sont pas faits pour le bonheur. Et pour animer ses affabulations, notre conteur qui est aussi marionnettiste, utilise de grands théâtres d’ombres (Cambodgiens, Chinois, Indiens, Turcs et Français) qu’il adapte au gré des tribulations de notre héros
Le petit roi des pommes est réalisé à partir des théâtres d’ombres traditionnels Khmers, Chinois, Indonésiens, Indiens, Turcs et Français (à la façon d’Henri Rivière qui œuvrait au célèbre Chat Noir de R.Salis).
Je souhaite commander aux artisans, aux artistes les marionnettes, les décors, les accessoires qui seront présents sur l’écran et que nous filmerons en direct. Ils seront réalisés selon la tradition, selon les dessins séculaires…
Cependant une adaptation à notre propos sera nécessaire. Les marionnettes ne seront pas toujours de profil. Je souhaite éviter la monotonie des écrans blancs et des décors schématiques et statistiques. Et doter ces images d’un caractère féerique qui tranche sur la dure réalité que doit surmonter notre héros.
 De plus, pour éviter une monotonie évidente, je souhaite interpréter ces théâtres d’ombres et leur apporter le meilleur des techniques contemporaines mais la magie n’opérant que si l’effet se devine, le caractère artisanal sera également préservé.
Magie Lumineuse
Mélodie relief
Mon film Serko montrait de brèves séquences d’ombres pour faire avancer le récit.
Des spectateurs se sont dits étonnés par cette forme de narration.Regrettaient qu’il n’y en eût pas plus et croyaient que je l’avais inventée.
J’avais juste utilisé des spectacles d’ombres tels qu’on pouvait en voir dans la seconde moitié du XIX° siècle au Chat noir, grand théâtre de quatre cents places installé place de la République à Paris.
Ces spectacles ont été depuis l’avènement du cinéma, oubliés.
C’est dommage. Vraiment dommage.
Et j’ai voulu les réhabiliter.
J’ai beaucoup voyagé.
En Asie, là où les théâtres d’ombres conservent leur magie et leur poésie.
J’ai mes lieux de prédilections : Joyajakarta dans le sud de Java où vit encore un théâtre d’ombres d’une époque immémoriale et préservé du temps, (un peu comme notre comédie française). Le Tamil Nadu, état du sud de l’Inde, où l’on croise dans les villages des cérémonials d’ombres comme ils étaient, il y a des millénaires. Pékin où quelques fervents artistes s’efforcent vaille que vaille de maintenir un art prodigieux, malgré le dédain des temps actuels. Et enfin Phnom Penh où l’on constate à travers le documentaire de Rithy Panh sur le théâtre brûlé le courage de quelques rescapés qui s’efforcent de raviver la flamme, car pour eux, ces théâtres sont parties intégrantes de leur identité…
Si je suis à la lettre « ombromaniaque »[1] comme l’on disait à l’époque du Chat noir, et si mon projet propose une réappropriation de cet art archaïque, de sa magie lumineuse dont on n’a épuisé ni les ressources narratives, ni la puissance visuelle, je pouvais comprendre les doutes qui pouvaient être exprimés à l’encontre de mon projet.
L’écran plat à une seule dimension est – c’est évident, un sérieux handicap, l’animation en direct par des marionnettistes n’autorise qu’une série d’actions restreintes[2]
Autrement dit, si l’enthousiasme était fort[3], je me heurtais au problème de la surface plane.
Je savais qu’il y avait un danger majeur. La vision à une seule dimension est pour le spectateur d’aujourd’hui, un évident facteur d’ennui et un carcan narratif extrême…
En écrivant ce conte à la façon des contes philosophiques du siècle des Lumières, je rêvais aussi de livres d’enfants en relief dont la scénographie m’a toujours fasciné et émerveillé.
J’en suis arrivé à rêver de mises en perspectives, de lignes de fuites, d’avant-plans, de trompe l’œil…
Et me suis dit : si en opposition à l’écran plat du théâtre d’ombres, nous avions une mise en relief, des fonds d’écran, des décors à perte de vue, des accessoires d’avant plan, ma proposition prendrait alors une dynamique.
Si en opposition à la « platitude » de l’écran d’ombres, j’opposais les perspectives, les volumes, le relief, j’obtiendrais un spectacle total où le spectacle d’ombres ne serait pas plat mais bien au contraire, enchanté[4]
J’en étais là dans mes réflexions quand est réapparue la 3D et que j’ai su que ce système m’était accessible y compris pour un budget modeste.
J’aimerais aussi ajouter que le théâtre d’ombres ne se réduit pas au seul écran.
Le spectacle d’ombres a à voir bien plus avec l’opéra qu’avec la projection de films.
Le spectacle est toujours dans la salle.
Les musiciens, les conteurs, les chanteurs, les animateurs sont visibles et sont vus dans leurs actions, les intermèdes musicaux ponctuent, rythment la fiction, les lieux où se jouent ces spectacles sont toujours d’un exotisme fascinant…
Le théâtre d’ombres est une performance où l’improvisation tient une grande place et pour manipuler à bout de bras des dizaines de marionnettes de cuir, déclamer en même temps des légendes pour certaines vieilles de plus de 1 000 ans, diriger des gamelans (orchestre de percussions) il faut une force et une adresse d’athlète…
Dès que j’ai compris que ce projet pouvait s’offrir les perspectives offertes par la 3D, l’intérêt et le pari m’ont paru palpitants.
Et d’ailleurs – autre point,  la nécessaire 3 D reflète par le scénario lui même : ne raconte-t-on pas que notre héros – silhouette d’ombre raplapla – devient en dansant avec un derviche tourneur, un pantin en volume et en gesticulations ?
Si je suis parti d’un univers d’une seule dimension, j’ai vite compris que mon projet serait aussi et surtout, une ode à la 3D.
Car l’éclosion, et la métamorphose de notre héros produit un petit garçon tout en volume.
De l’univers de l’écran plat du début de l’histoire, on passe aux scènes des pantins animés, aux intermèdes chorégraphiques de la fin de notre histoire.
À la magie lumineuse – mon thème initial, j’y ai ajouté une mélodie.
La mélodie relief.
Je ne souhaite pas utiliser la 3 D pour sa seule capacité à faire jaillir des objets, mais pour créer une mélodie qui entoure mes écrans d’ombres, les propulse vers plus de magie, plus de merveilleux, plus d’enchantements…
Par ses effets de modélisation, l’impression renforcée d’un monde ludique, l’effet « conte » devient plus efficace que celui perçu dans la 2D. Il est dynamisé.
Je voudrais aussi faire part d’une de mes impressions lors de ma projection relief. Le relief est intemporel. Il semble que le temps y est suspendu, en cela il n’a pas d’effet de modernité, il est hors temps… C’est d’ailleurs cette a-temporalité qui m’a passionné dans Avatar. Le relief préserve cet aspect en dehors du temps de mon projet.
J’en étais là de mes réflexions quand sont apparus deux films qui m’ont profondément marqué : d’une part, le Pina de Wim Wenders et les Contes de la nuit de Michel Ocelot.
J’aime chez Wenders son utilisation chorégraphique de la 3 D.
J’aime chez Ocelot son utilisation homéopathique – douce, naturelle, peu spectaculaire pour accentuer le merveilleux de ses histoires.
Et si la rédaction de mon script et l’élaboration du visuel de mon film étaient antérieures à la vision de ces deux films, ils m’ont conforté dans mon cheminement et mes partis pris.
J’ai donc renforcé plusieurs séquences et les scènes de décors en particulier.
Il m’est apparu que l’enchantement des paysages était aussi une force de la 3D.
Prenons la séquence 54 de mon histoire : plusieurs décors s’enchaînent pour montrer l’errance de notre héros.
  • des déserts de cailloux balayés par des vents de sables…
  • des vastes marécages herbeux où pullulent les libellules…
  • des montagnes herbeuses surplombées de sommets aux neiges éternelles…
  • des jungles foisonnantes où flottent pollens et pétales…
  • des nuées floconneuses de neige qui poussées par les vents couvrent des forêts…
  • des fleuves impétueux pris par les glaces…
On comprend bien quelle utilisation, on pourra faire de la 3D pour accentuer poésie et magie des paysages reconstruits et peints… Les libellules, les flocons, les pollens, les pétales… viendront tourbillonner dans le vaste espace ouvert par la 3D.
Pour synthétiser mes intentions, la 3 D dote notre projet de plusieurs avantages :
1. Réhabilite et renforce la magie des spectacles d’ombres.
2. Place le spectateur au cœur du spectacle.
3. Dynamise la surface plate de l’écran d’ombres.
4. Accentue la poésie ludique et le merveilleux de la fiction.
1. Réhabilite et renforce la magie, le merveilleux des théâtres d’ombres.
Godard oppose Méliès à Lumière.
Le rêve à l’impression de réalité.
Méliès venait du théâtre d’ombres, il connaissait les théâtres de Caran d’Ache et d’Henri Rivière et c’est cette puissance merveilleuse qui l’a intéressé.
C’est donc sous l’aile de Méliès que je veux me placer.
Et nul doute que si Méliès avait connu la 3 D, il en aurait été le grand promoteur[5].
Je pense aussi qu’il aurait gardé son « côté bricolé » qui fait toute sa magie.
Et souhaite poursuivre cette proposition d’un certain bricolage visuel.
Pour réaliser ce film, je me vois plus en artisan en osmose avec d’autres artisans qu’en cinéaste omnipotent.
Marionnettes et décors seront « commandés » aux compagnies traditionnelles, la scénographie sera conçue avec leur collaboration, leur style, les traditions… Ce film sera le fruit d’échanges, de va et vient entre eux et nous (décorateurs, chef opérateur et réalisateur).
Par ailleurs toute la partie « pantin » à la manière de Pinocchio qui va de la séquence 65 à la séquence 74, sera elle aussi fabriquée et filmée dans un hangar à la manière des premiers studios.
La plage n’est qu’un bout de sable blanc, l’océan, des toiles agitées par les décorateurs, la barque balancée et chavirée par des manutentionnaires…
Ces séquences seront sous la double influence du photographe Bernard Faucon et du théâtre de Pitoiset.
Reprenant ainsi l’esprit de Méliès, j’espère le rendre sensible à nos contemporains.
Et ceci, pour accentuer le merveilleux qui me semble convenir à cette histoire…
À l’heure du tout numérique, des effets aussi vrais qu’inimaginables, il m’a semblé passionnant de revenir aux sources, de réhabiliter ces bricolages visuels, et d’imprégner le spectateur de cette magie lumineuse, et pour ce faire, la 3 D me paraît le moyen le plus efficace pour chasser le côté « désuet » d’une telle proposition et de la galvaniser, bien au contraire…
2. Place le spectateur au cœur du spectacle.
Ayant donc beaucoup voyagé et principalement en Asie, j’ai connu la magie de ces théâtres d’ombres et leur immense pouvoir d’évocation.
Le spectacle est total puisque il ne se réduit pas à ce qui se passe sur l’écran, il est aussi comme déjà dit, dans la salle.
Les théâtres d’ombres sont toujours accompagnés de musiciens, de chanteurs et de conteurs qui sont plus chamanes que manipulateurs, plus magiciens que narrateurs.
L’écran n’occupe qu’une partie minime de la salle, tout autour le spectacle tient plus de l’opéra que de l’accompagnement musical.
Le spectateur voit l’orchestre, les chanteurs mais aussi l’animateur (souvent, c’est lui qui raconte en même temps qu’il anime). Il est plongé dans un univers complet de polyphonie de sons et d’instruments, de voix qui se mêlent au récit et d’animation. De merveilleux aussi, puisque les décors sont suggérés par de grands aplats mais aussi par des accessoires qui sont placés au devant ou à l’arrière de l’écran… Le tout étant dynamisé par les effets de lumières quasi surnaturels : les feux des braseros d’huile était bougé selon l’action, rapprochés et ou éloignés…
Deuxième point : celui qu’on appelle à Java le « dalang » voit ses marionnettes comme des êtres surnaturels qu’il convient d’honorer, de sanctifier par des offrandes. Les animer est un rite qui donne lieu à des cérémonies mystérieuses pour celui qui n’est pas initié. Même « messe » en Inde où l’ouverture des yeux des marionnettes avant les spectacles se fait avec un prêtre qui insuffle à la marionnettiste vie en convoquant les dieux.
Et notre projet est de mettre le spectateur d’aujourd’hui au cœur de ces spectacles, d’en transcrire le surnaturel dans des salles où l’atmosphère orientale en accentue l’étrangeté.
D’où la nécessité de la 3D pour transcrire le mystère des spectacles.
Perspective et volume sont toujours évoqués dans les théâtres d’ombres: les fonds sont au fond, les avant plans sont bien à l’avant, les couleurs détachées les unes aux autres se galvanisent. Les acteurs se démarquent… Leurs mouvements prennent leur dynamique et leur poésie.
L’aspect chorégraphique de la 3D me semble l’expérience la plus palpitante qui soit donnée à un réalisateur.
Et c’est aussi pourquoi, j’ai voulu aussi insuffler de la danse dans mon histoire.
Et ai confié ces scènes chorégraphiques à Joëlle Bouvier, elle qui sait si bien faire bouger les corps et les couples.
3. La 3 D dynamise la surface plate de l’écran d’ombres.
La difficulté à laquelle je me heurtais, c’est le côté « monotone » de cette seule dimension (à l’égyptienne), le seul profil des personnages et la surface plane de la toile où sont projetées les ombres.
Et même s’il y a dans ce projet, plusieurs types et styles de théâtres d’ombres (certains sont en noir et blanc, d’autres en couleurs), la réhabilitation de la 3D et les champs ouverts par le numérique me permettent d’échapper à cette monotonie intrinsèque des ombres en silhouettes.
La 3D dynamise les ombres.
Leur donne de l’énergie.
Il me faudra donc ajouter aux écrans  d’ombres des avants plans et des arrières plans.
Non seulement par le tournage in situ des ces spectacles.
Mais aussi par l’utilisation des décors arrière (réintégrés en post-production numérique (compositing relief) ou insérés par cache contre cache et/ou modelage des décors par ordinateur).
Les épisodes d’errance (séquences 19 à 21) seront traités ainsi : des décors arrière seront intégrés par modélisation de décors inspirés des fresques cambodgiennes.
Les épisodes chinois (séquences 33 à 38) verront les décors inspirés des peintures chinoises traditionnelles en avant et en fond arrière ajoutés et travaillés à l’ordinateur.
Les marionnettes seront animées sur écran vert pour faciliter l’insertion de ces décors…
La 3 D est l’outil idéal avec les trucages numériques pour transcrire mon propos.
C’est aussi l’enjeu du film : faire varier les styles et les procédés pour obtenir un foisonnement de techniques et d’esthétiques empruntées aux arts traditionnels locaux tout comme aux dernières possibilités offertes par les ordinateurs…
Ou en tout cas pour résumer : les théâtres d’ombres qui étaient condamnés à ne rester que sur un seul plan se libèrent de la surface plane pour se projeter dans l’espace.
4. Accentue la poésie ludique et la liberté du récit qui se fait en même temps que se déroule la narration…
Si le côté visuel me fascine, c’est aussi les principes de narration qui m’intéressent.
Mélange de drame et de burlesque, de légende et de réalisme, de poésie et de réalisme, de mythe et de quotidien…
La vraisemblance n’y est pas le premier souci du conteur, c’est l’imagination.
L’énergie qui entraîne le héros loin de son village dans un ailleurs inquiétant.
Si tout ce côté technique et expérimental me passionne, c’est aussi et surtout le côté « ludique » qui m’intéresse.
La 3 D donne au spectacle cinématographique, une féerie.
Et une féerie ludique.
La présence de l’acteur y est comme merveilleuse, sortie de la réalité, et comme dans les vidéos de l’artiste Pierrick Sorin, l’acteur a une présence complice avec le spectateur, il a un côté « gentil ludion » un peu théâtral qui renforce mon principe de narration. Et caractérise le narrateur…
Ce côté ludique, je l’ai appris de Jérôme Diamant-Berger qui avec son film « Shooting » m’a ouvert de belles perspectives…
Mon histoire est une histoire « dure ». Tragique. Raconter tous les maux du monde à des enfants, vouloir le confronter à ces réalités, lui montrer l’incertitude, la complexité de l’existence… C’est évidemment une proposition à l’envers de bien des films pour enfants. (On les endort avec des histoires où tous les problèmes sont éludés…)
Si mon enfant se trouve aux prises avec tous les maux du monde, c’est par le merveilleux qu’il s’en échappe… Et le merveilleux est l’apanage à mes yeux de la 3D.
Et la 3D aura aussi cette fonction : cathartique.
Je le crois, notre projet est de faire chanter la 3D en montrant le cheminement d’un enfant à travers des mondes.
Je vous assure – en tout cas à ceux qui n’en ont jamais vu – que les spectacles d’ombres possèdent une magie extraordinaire et pour peu qu’on fasse chanter ensemble magie lumineuse et mélodie relief, je les espère et les crois fascinants.

[1] Sans doute parce que les théâtres d’ombres sont la part originelle du cinéma. Que Marco Polo nous les a rapportés dans ses nombreux bagages… [2] – À ma connaissance, il n’existe pas de film réalisé à partir de théâtre d’ombres. Il existe des films qui peuvent s’y apparenter mais qui utilise une technique de papier découpé comme le magnifique « Les aventures du prince Ahmed (1926) de Lotte Reiniger. [3] Pour preuve : le succès d’audience aux reconstitutions des spectacles d’Henry Rivière au musée d’Orsay… [4]- Je reprends cette formule à ce cher Jacques Demy qui disait mes films ne sont pas des films musicaux, ce sont des films « enchantés.

[5] – C’est la proposition du nouveau film de Scorcese.